Les billets d’architecture de Donatienne : #4. Waterloo

Vue de la butte du Lion de Waterloo

En 1818, le roi Guillaume des Pays-Bas émit le souhait d’ériger un mémorial à l’emplacement où son fils, le prince d’Orange-Nassau, à la tête d’un régiment, fut blessé durant la bataille du 18 juin 1815. Bien que l’architecte gantois Jean-Baptiste Pisson remporta le concours, sa mort inopinée ne permit pas de donner suite à son projet d’obélisque. L’ingénieur Vifquain proposa alors de réaliser une pyramide en pierre, mais qui n’obtint pas l’approbation de l’architecte Charles Vander Straeten consulté par le gouvernement comme expert et qui sera par la suite nommé architecte « des Palais Royaux et Bâtiments de l’État ». Finalement, c’est ce dernier qui reprit le projet à son compte et édifia la butte artificielle de 40 m de haut que nous connaissons aujourd’hui. Cette échauffourée permit cependant à Jean-Baptiste Vifquain d’acquérir une certaine réputation et de devenir entre autres l’auteur des boulevards de la petite ceinture ou du Canal de Charleroi à Bruxelles.

Un escalier de 226 marches permet de gravir ce tertre conique en haut duquel trône sur son piédestal de pierre bleue un lion qui protège majestueusement de sa patte le globe en direction de la France, symbole de la retentissante victoire de la coalition anglo-hollando-prussienne dirigée par le duc de Wellington et le maréchal Blücher et de la paix retrouvée en Europe. Œuvre du sculpteur malinois Jean Louis Van Geel, élève de David, ce félin en fonte fut fabriqué dans les ateliers de Cockerill à Seraing et non comme le prétend la légende avec les canons ramassés sur le champ de bataille. De même que les tonnes de terres prélevées aux alentours n’ont pas été transportées par des boteresses liégeoises, mais par une main-d’œuvre locale. Aux pieds de ce monument bâti en souvenir de tous les morts de cette bataille, qui figure parmi les évènements les plus célèbres de l’histoire européenne en mettant un terme aux guerres napoléoniennes, se distingue le Panorama en forme de rotonde qui dépeint depuis 1912 quelques épisodes saisissants des grandes charges de cavalerie. De son sommet par contre se déploient à perte de vue les vastes plaines qui ont vu s’affronter ces mêmes nations. Protégé par une loi de 1914, ce paysage n’a finalement que peu changé mis à part l’autoroute et la nationale qui le traversent, ce qui lui vaut aujourd’hui d’être reconnu comme « Patrimoine exceptionnel de Wallonie ».

Mais ces plaines du Brabant wallon, dont un millier d’hectares appartient à l’héritier actuel du duc de Wellington, se distinguent aussi par l’étendue de ses prairies et de ses champs agricoles, la beauté solennelle des grandes fermes en carré qui émaillent le territoire. Si une partie d’entre elles – la Haie Sainte, Mont-Saint-Jean, Goumont, la Belle-Alliance, la Papelotte …- ont joué un rôle stratégique au cours de la bataille, autrefois leurs terres appartenaient presque entièrement à des congrégations religieuses. Parmi l’abbaye d’Afflighem, le prieuré de Sept Fontaines ou encore l’ordre de la Croix de Malte, l’abbaye cistercienne d’Aywiers, au temps de sa splendeur possédait autour de Couture-Saint-Germain, où elle s’était établie au XIIIe siècle, près de 2000 hectares. Les miracles de sainte Lutgarde, qui contribuèrent à son aura, n’empêchèrent pas son démantèlement à la Révolution française. Fort heureusement, à l’abri de son vieux mur d’enceinte, une partie des bâtiments et de son parc replanté à l’anglaise reflètent encore l’éclat mystérieux d’autrefois dont on peut s’imprégner lors des très attractives fêtes des plantes organisées chaque année. Au-delà des plaines du champ de bataille, le paysage tire une partie de son charme de la courbe de ses collines et des méandres de ses ruisseaux, de ses chemins creux et tortueux, de ses anciennes routes pavées le long desquelles s’égrènent le hameau de la Marache et les villages de Plancenoit, de Maransart qui s’étirent vers Lasne et Ohain. On comprend que ces îlots de campagne encore préservés à la périphérie de Bruxelles attira dès les années 1960, les citadins en quête d’espace, de verdure et de grand air, un attrait qui depuis ne s’est jamais tari grâce à une maîtrise raisonnée de la résidentialisation et un respect de l’environnement et des vielles pierres qui ont contribué à conserver son cachet rural.

Donatienne de Sejournet

Historienne de l’art et journaliste du patrimoine et de jardins

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